Qu’est-ce que l’art-thérapie ?

cathy guibert art thérapie bordeaux

L’art-thérapie s’impose aujourd’hui comme une approche complémentaire de plus en plus reconnue dans l’accompagnement de nombreuses difficultés psychologiques, émotionnelles ou liées à la maladie. Accessible aux enfants, aux adolescents, aux adultes comme aux personnes âgées, elle permet d’utiliser la création artistique comme un véritable outil de soin, sans qu’aucun talent artistique ne soit nécessaire.

Mais en quoi consiste réellement une séance ? Dans quelles situations consulter un art-thérapeute ? Quels sont les bénéfices observés sur la santé mentale, la gestion des émotions ou encore l’accompagnement de maladies comme Alzheimer ou Parkinson ?

Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré Cathy Guilbert, art-thérapeute, musicothérapeute, sonothérapeute et praticienne en psychothérapie installée à Caudrot (Gironde). Elle nous ouvre les portes de sa pratique et explique comment la créativité peut devenir un véritable chemin de reconstruction.

 

Parcours et découverte du métier

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

Je suis art-thérapeute, musicothérapeute, sonothérapeute et praticienne en psychothérapie. Pendant près de 20 ans j’ai enseigné la musique, tout en poursuivant une pratique artistique nourrie par le piano, la clarinette, le chant et le dessin. Très tôt, j’ai été fascinée par la capacité de l’art à toucher des zones profondes de notre être, là où les mots ne suffisent plus.

Au fil des années, j’ai ressenti le besoin d’accompagner les personnes autrement, dans une relation plus individuelle et thérapeutique. Je me suis alors formée à la musicothérapie, puis à l’art-thérapie, avec une approche fondée sur la psychologie clinique et la psychanalyse. J’exerce aujourd’hui en cabinet et en institution auprès d’enfants, d’adolescents, d’adultes et de personnes âgées.

Mon propre parcours de vie, notamment l’expérience de la maladie, a également transformé ma manière d’accompagner. Il m’a appris combien la créativité peut devenir chemin de reconstruction lorsque tout semble vaciller.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir art-thérapeute ?

J’ai toujours été convaincue que la créativité possède une force thérapeutique extraordinaire. Lorsque la souffrance est trop intense ou trop ancienne, les mots deviennent parfois impossibles. Les couleurs, les formes, la musique ou la matière offrent alors un autre langage.

Ce qui me passionne c’est d’observer comment une personne retrouve progressivement ses ressources en retrouvant sa capacité à créer.

Comment se forme-t-on aujourd’hui à l’art-thérapie ?

L’art-thérapie demande une solide formation. Elle associe la psychologie clinique, la psychopathologie, la pratique thérapeutique, la création, et de nombreux stages. La formation ne s’arrête jamais : supervision, formation continue et réflexion clinique sont indispensables pour accompagner les personnes avec justesse et éthique.

Quelles qualités sont indispensables pour exercer ce métier ?

L’écoute, l’empathie, la patience, la capacité à entendre ce qui n’est pas dit, l’accueil sans jugement, le respect du rythme de chacun et une grande humilité.

Un art-thérapeute ne cherche jamais  à interpréter ou à diriger. Il accompagne un processus créatif singulier.

 

Comprendre l’art-thérapie

 

Comment définiriez-vous l’art-thérapie à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler ?

L’art-thérapie est une technique de soin qui permet de dépasser ses difficultés par le biais d’une stimulation des capacités créatrices.

Ce n’est pas le résultat esthétique qui compte mais le processus créatif.

Ce n’est pas l’œuvre qui soigne mais ce qui se passe pendant sa création.

Créer c’est parfois dire ce qui ne peut être raconté autrement.

L’art-thérapie se distingue-t-elle d’un simple atelier créatif ou de loisirs ?

Dans un atelier créatif, on apprend une technique ou on réalise un objet.

En art-thérapie, il n’y a aucun objectif esthétique. Le dessin, la peinture ou le modelage deviennent des supports d’expression psychique. Ce qui importe, c’est le vécu de la personne pas le résultat.

Faut-il avoir des compétences artistiques pour bénéficier de l’art-thérapie ?

Il n’est pas nécessaire de savoir peindre ou dessiner. On ne cherche pas à produire quelque chose de beau ou de réussi. On laisse une trace : une couleur, une matière, une forme qui exprime ce qui, à l’intérieur, reste coincé ou trop flou pour être mis en mots.

Quels sont les principaux outils ou supports que vous utilisez ?

Je travaille avec de nombreux supports : Peinture, collage, argile, sable, musique, relaxation sonore.

Chaque outil est choisi en fonction de la personne, jamais l’inverse.

Dessin, peinture, écriture, collage, modelage… existe-t-il plusieurs formes d’art-thérapie ?

Oui. C’est très varié : arts-plastiques, écriture, théâtre, danse, musique ou encore le conte, les marionnettes, le clown. Ce qui les unit, c’est leur capacité à  soutenir les processus de symbolisation et de transformation.

Elles poursuivent toutes le même objectif : favoriser l’expression, restaurer les ressources personnelles et soutenir le mieux-être

 

Les bienfaits sur la santé

 

Quels bienfaits observez-vous ?

J’observe souvent une diminution de l’anxiété, une meilleure régulation émotionnelle, davantage de confiance et d’estime de soi, un apaisement intérieur, une reprise de l’élan vital et parfois une véritable réconciliation avec son histoire ainsi qu’une capacité nouvelle à mettre du sens sur son vécu.

Comment la création artistique peut-elle aider à exprimer des émotions difficiles ?

Une émotion n’a pas toujours besoin d’être expliquée pour commencer à se transformer. Lorsque la personne peint, modèle ou écrit, elle dépose quelque chose d’elle-même à l’extérieur. Ce déplacement rend souvent la souffrance plus supportable.

L’art-thérapie peut-elle contribuer à réduire le stress ou l’anxiété ?

Oui,  elle favorise le relâchement, recentre l’attention sur le moment présent et diminue souvent les tensions physiques et psychiques.

 Quel rôle peut-elle jouer dans la prévention des troubles psychiques ?

Elle permet de reconnaître ses émotions avant qu’elles ne deviennent envahissantes, favorise la connaissance de soi et développe les capacités d’adaptation face aux difficultés.

Elle contribue au maintien d’un équilibre psychique.

Peut-elle aider à retrouver confiance en soi ?

Oui, très souvent. En créant, la personne découvre qu’elle est capable de faire, de choisir, d’inventer. Cela nourrit progressivement la confiance et l’estime de soi.

Créer c’est aussi expérimenter que l’on est encore capable d’imaginer, de choisir, de transformer.

Quels changements constatez-vous le plus souvent après plusieurs séances ?

Je vois des regards qui s’ouvrent, des corps qui se détendent, des paroles qui deviennent possibles, des sourires qui réapparaissent. Les changements sont parfois discrets mais profondément durables. Les personnes deviennent plus confiantes, plus spontanées. Certaines osent davantage prendre leur place.

 

Les publics accompagnés

 Qui peut bénéficier de l’art-thérapie ?

Les enfants, les adolescents, les adultes, les personnes âgées, il n’y a pas de limite d’âge

Travaillez-vous avec des enfants ? Dans quelles situations ?

Oui, j’accompagne notamment des enfants présentant des difficultés dans la gestion de leurs émotions, des troubles de l’attention et de l’hyperactivité, des troubles du neurodéveloppement ou vivant des situations familiales complexes.

L’art-thérapie est-elle utile pour les adolescents ?

Oui car l’adolescence est une période où les émotions sont particulièrement intenses. L’art-thérapie devient un langage souvent plus accessible que les mots.

Qu’apporte-t-elle aux adultes confrontés à des périodes difficiles de leur vie ?

Elle réduit le stress et l’intrusion de pensées négatives en augmentant l’estime de soi. L’art-thérapie permet l’expression de soi, de ses ressentis, de ses émotions et donne un sens aux événements difficiles et douloureux de la vie.

Quel rôle peut-elle jouer auprès des personnes âgées ?

Elle maintient les capacités cognitives, favorise les échanges, lutte contre l’isolement et permet de préserver une identité.

Est-elle utilisée dans l’accompagnement des personnes atteintes de maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson ?

Maladie d’Alzheimer : L’art-thérapie est utilisée pour favoriser l’estime et la confiance en soi, soutenir les fonctions cognitives et sensorimotrices. Elle permet également de favoriser la socialisation et aide à gérer le stress et l’anxiété.

Maladie de Parkinson : l’art-thérapie contribue également au maintien de l’autonomie motrice et aide à réduire l’anxiété.

Intervenez-vous auprès de personnes en situation de handicap ?

Oui, auprès d’enfants ou d’adultes présentant un handicap physique et cognitif. L’art-thérapie s’adapte aux besoins et aux capacités de chacun.

 

Art-thérapie et parcours de soins

 

L’art-thérapie peut-elle compléter un suivi psychologique ou médical ?

L’art-thérapie vient en complément, jamais en remplacement d’un traitement médical ou psychologique.

Travaillez-vous parfois avec des psychologues, médecins ou autres professionnels de santé ?

Oui, lorsque cela est pertinent et bénéfique pour la personne, et toujours avec son accord,  je travaille en lien avec des psychologues, médecins, éducateurs spécialisés, orthophonistes et équipes soignantes.

Dans quels établissements exerce-t-on aujourd’hui l’art-thérapie ?

Elle trouve aujourd’hui sa place en cabinet libéral, à l’hôpital, en EHPAD, en institut médico-éducatif, ou dans les maisons à caractère social.

Quelle place occupe cette discipline dans le système de santé français ?

Elle est de plus en plus reconnue même si son développement reste encore inégal suivant les établissements.

 

Une séance concrètement

 

Comment se déroule une première séance ?

La première rencontre est avant tout un temps d’écoute. J’accorde beaucoup d’importance à comprendre l’histoire, les attentes, et la demande. L’entretien préliminaire est primordial avant tout suivi en art-thérapie. Cette première séance est consacrée à la mise en place du cadre art-thérapeutique ; l’horaire, la fréquence, le nombre de séances, objectifs…

Que ressent généralement une personne qui découvre l’art-thérapie ?

De la curiosité, de l’appréhension, mais aussi un apaisement lié au fait de se sentir entendus et accueillis dans leur souffrance.

Comment choisissez-vous les exercices ou les supports proposés ?

Ils sont adaptés aux besoins et à l’objectif thérapeutique.

Existe-t-il des objectifs définis avec le patient ?

Oui, ils sont définis ensemble lors de l’entretien préliminaire et peuvent évoluer au fil des séances.

Combien de séances sont généralement nécessaires pour observer des effets ?

Je propose en général 10 séances qui sont renouvelables. Il arrive parfois que certaines personnes ressentent un mieux-être plus rapidement. D’autres auront besoin d’un accompagnement plus long. Cela dépend des personnes et de leur chemin dans l’atelier.

 

Cas pratiques et témoignages

 

Pouvez-vous nous partager un souvenir marquant de votre pratique ? (en respectant l’anonymat)

Je pense à ce jeune garçon accueilli en institution qui, lors de notre première rencontre, ne prononçait quasiment aucun mot. Pendant plusieurs mois, il s’est exprimé uniquement par ses créations. Peu à peu, les sourires sont apparus, puis quelques mots, puis de véritables échanges. Il a  retrouvé  confiance au point d’oser entrer en relation dans l’espace thérapeutique mais aussi à l’extérieur avec d’autres personnes. C’était une très belle transformation.

Avez-vous observé des évolutions particulièrement étonnantes chez certaines personnes ?

Oui. J’ai vu des enfants mutiques entrer progressivement en relation grâce au dessin et à la peinture, des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer retrouver des souvenirs à travers la musique, ou encore des patients atteints de cancer retrouver une image d’eux-mêmes plus apaisée malgré les transformations de leur corps.

Il arrive aussi que des personnes qui se pensaient incapables de créer découvrent des ressources insoupçonnées. À ce moment-là ce n’est pas la créativité qui évolue, c’est souvent l’envie de vivre qui reprend sa place.

Quelles sont les demandes les plus fréquentes que vous recevez aujourd’hui ?

Les demandes concernent principalement la gestion des émotions chez les enfants présentant un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), le harcèlement scolaire, mais aussi, chez les adultes, l’anxiété, le deuil, le burn-out ou encore l’accompagnement après un cancer.

 

Santé mentale et société

 

Pensez-vous que notre société laisse suffisamment de place à l’expression des émotions ?

Je ne le pense pas. Nous sommes souvent encouragés à être performants plutôt qu’à écouter ce que nous ressentons.

Pourquoi les approches créatives rencontrent-elles un intérêt croissant aujourd’hui ?

Parce que beaucoup recherchent aujourd’hui des approches plus humaines, plus globales et complémentaires aux soins classiques.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la santé mentale en France ?

La parole se libère, ce qui est une excellente nouvelle. Notre société parle davantage de santé mentale qu’autrefois, ce qui constitue une avancée majeure.

En revanche, nous avons du mal à accueillir nos émotions. Nous voulons souvent les faire taire rapidement alors qu’elles ont quelque chose à nous apprendre.

Les approches art-thérapeutiques répondent précisément à ce besoin de ralentir, d’écouter et de retrouver une relation plus authentique à soi-même.

 

Conseils aux lecteurs

 

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui hésite à consulter un art-thérapeute ?

Je lui dirai qu’il n’a pas à avoir peur. Il va être dans un espace contenant et sécurisant. Qu’il va créer en suivant son propre ressenti sans contrainte, sans jugement. On ne crée pas pour les autres, on crée pour soi. Déposer à l’extérieur ce qui coince à l’intérieur. L’art-thérapie n’attend pas un artiste, elle accueille une personne.

Comment choisir un professionnel sérieux ?

En vérifiant sa formation, son expérience, son cadre éthique, sa capacité d’écoute et en s’assurant que l’on se sente en confiance. La qualité de la relation thérapeutique est essentielle.

Peut-on intégrer davantage de créativité dans son quotidien pour améliorer son bien-être ?

Oui, dessiner, écrire, chanter, colorier ou simplement prendre quelques minutes pour créer sans objectif précis est déjà bénéfique. Ça suffit parfois à retrouver un espace de respiration intérieure.

Existe-t-il un exercice simple que nos lecteurs pourraient essayer chez eux ?

Prenez une feuille blanche, choisissez 3 couleurs qui correspondent à votre état intérieur du moment. Pendant 10 minutes laissez votre main se déplacer librement sans chercher à représenter quoi que ce soit.

Puis observez simplement ce qui est apparu. Sans interprétation, sans jugement, avec curiosité.

(Cet exercice ne remplace pas une séance d’art-thérapie. Pour parler d’art-thérapie, il est indispensable d’être accompagné par un professionnel formé, dans un cadre thérapeutique défini.)

Selon vous, quel est le plus beau pouvoir de l’art-thérapie ?

À mes yeux, son plus grand pouvoir est de permettre à une personne de redevenir sujet de sa propre histoire. Là où la souffrance avait figé le mouvement, l’art-thérapie remet de la vie en circulation. Elle permet à une personne de retrouver le chemin vers elle-même, parfois après des années de souffrance ou de silence.

 

La question de conclusion

Si vous deviez résumer l’art-thérapie en une phrase, laquelle choisiriez-vous ?

L’art-thérapie est un espace où la créativité  devient un chemin de transformation. Elle permet à chacun de retrouver ses ressources, de redonner une voix à ce qui ne peut pas être dit et de redevenir pleinement acteur de sa propre vie.

 

“Mettre des mots sur les maux et des couleurs sur les douleurs”

(Johanne Hamel et Jocelyne Labrèche)

 

L’art-thérapie rappelle que le soin ne passe pas uniquement par les mots. À travers la peinture, le dessin, la musique, le modelage ou l’écriture, chacun peut retrouver un espace d’expression, renouer avec ses émotions et mobiliser ses propres ressources.

Si cette discipline ne remplace jamais un suivi médical ou psychologique, elle constitue un accompagnement précieux dans de nombreuses situations : anxiété, burn-out, deuil, troubles du neurodéveloppement, maladies neurodégénératives ou encore parcours de soins après un cancer.

Pour trouver un professionnel de santé près de chez vous, consultez l’annuaire IndexSanté.

 

Sources officielles :